Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race. Je n’ai ni le droit ni le devoir d’exiger réparation pour mes ancêtres domestiqués. Il n’y a pas de mission nègre ; il n’y a pas de fardeau blanc. Vais-je demander à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable des négriers du XVIIe siècle ?
Je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères. Je ne suis pas venu sur terre pour faire le bilan des valeurs nègres. Je ne suis pas venu sur terre pour faire payer au monde blanc, par mon ressentiment, le malheur fait à mes pères. Mon unique prière : ô mon coeur, fais de moi toujours un coeur qui interroge !" Frantz Fanon, conclusion de "Peau noire masques blancs".
SOUCHIENS ET NON-SOUCHIENS !
Une sémantique « racialiste » indigeste chez les indigènes de la république
Dès la création du mouvement des indigènes, la direction nationale du MRAP a soutenu l’appel « "Nous sommes les indigènes de la république ». Elle précisait toutefois qu’elle le soutenait « à sa façon », mais l’absence de toute critique revenait de fait à cautionner certains aspects qui déjà s’opposaient à une conception universelle des droits de l’homme et de la lutte antiraciste.
Le même silence complice accompagne depuis lors des dérapages croissants, qui font sortir cette mouvance du champ de la lutte contre le racisme.
L’introduction d’un discours de type « racial » expliquant les tensions de la société par l’opposition de groupes définis par leur couleur de peau est un phénomène inquiétant qui dépasse le cadre de ce mouvement. Le phénomène Dieudonné et la mouvance qui gravite autour, les sites internet « la banlieue s’exprime », sans oublier le groupe tribu K, procèdent tous de la même logique qui vise à enfermer les individus dans une identité de type raciale.
Dernier avatar de cette orientation : une vidéo d’une émission de FR3 reproduite en ligne sur DailyMotion, http://www.dailymotion.com/related/5615410/video/x2du97_souchiens
Souchiens et non-souchiens
Dans cette vidéo Houria Boutelja l’une des principales figures médiatiques des « indigènes de la république » emploie une sémantique « raciale » inquiétante.
Elle oppose en effet de façon caricaturale, les « quartiers défavorisés » au reste de « la société et ses privilèges ». Au cas où le téléspectateur n’aurait pas bien compris ce qu’elle entend pas « société privilégiée », elle précise aussitôt qu’il s’agit des « souchiens » ajoutant à l’adresse de ceux qui pourraient être surpris par un terme inconnu, les souchiens « il faut bien leur donner un nom : les blancs ! »
Les « souchiens » blancs incultes sont alors à éduquer. Il faut, dit-elle, leur « inculquer » l’histoire de l’esclavage, Lumumba, Ben Barka, comme si les habitants des quartiers populaires à contrario, connaissent quant à eux toute l’histoire de l’esclavage, l’apport de Lumumba et de Ben Barka., curieuse racialisation de la connaissance et de la mémoire !. C’est d’ailleurs ce que lui rappelle Abd Al Malik qui précise dans l’émission que c’est toute la société qui est à éduquer concernant le travaill de mémoire.
On notera au passage que les portuguais, italiens, polonais, espagnols, tous ceux qui ont fuit la misère, les franco, les Salazar sont alors enfermés dans la catégorie des « souchiens » privilégiés car blancs et non issus de l’immigration coloniale.
L’enfermement des individus dans des « souches » qui n’ont aucun fondement scientifique, relève d’une terminologie digne du front national quand il oppose les « pure souche » aux « allogènes ».
Certes les indigènes de la république ne sont pas des racistes, mais ils jouent de fait avec les mêmes allumettes sémantiques que l’extrême-droite, ils contribuent eux-aussi à incendier les esprits.
A l’heure des attaques frontales sur la plan social, du développement des poches de misère dans toute la société, on mesure l’effet dévastateur de cette opposition entre blancs et non-blancs au sein même des populations exclues.
Dans ces catégories « racialisées par la souche », les gens du voyage discriminés et exclus parmi les exclus trouveront alors difficilement leur place . Ils sont pour la plupart français depuis de longues générations, et donc selon la classification racialiste de nos indigènes de la république, ils deviennent forcément « souchiens » entrant alors dans la France des privilégiés, (à moins que la mélanine ne leur permette une petite dérogation pour s’échapper des souchiens privilégiés de naissance).
Nous sommes au cœur de la dérive de gens, sans doute progressistes à l’origine, qui en viennent à calquer leur discours sur les classifications de l’extrême-droite. Mais contrairement à l’extrême-droite qui fait du « non souchien basané » le bouc émissaire d’une société en crise, leur cible devient le « souchien blanc privilégié », substituant ainsi un classification ethnique aux facteurs économiques et sociaux qui génèrent l’exclusion et la relégation sociale.
Traitant de la nomination de Fadela Amara à un poste ministériel, on notera que Houria Boutelja n’aborde pas ce ralliement de façon politique. Elle ne met pas en cause l’ex-secrétaire de NPNS pour son soutien à une politique qui aggrave les exclusions, non Fadela Amara est dépolitisée pour être mieux « ethnicisée » !. Houria Boutelja réduit Fadela Amara à un statut de maghrébine qui insulte sa « communauté d’origine ».
A contrario, Rachida Dati, reçoit un satisfecit en ce sens qu’elle n’injurie pas pas la communauté concernée. Mais bien vite Houria Boutelja replace la ministre dans une case ethnique , puisqu’elle est présentée essentiellement comme un alibi communautaire au mépris de toute dimension politique, tout juste est-elle présentée comme une bonne magistrate. Si le choix de Sarkozy procède d’une tactique évidente, l’offensive de la ministre contre la justice de proximité atteste pourtant qu’elle a été choisie avant tout parce qu’elle est une representante de la droite dure et c’est d’ailleurs ainsi qu’elle est perçue dans les manifestations d’avocats, de magistrats , de citoyens qui s’opposent à la suppression des tribunaux.
Les indigènes apparaissent alors comme des irresponsables, car la notion de souche, qu’ils le veuillent ou non, est très liée dans l’histoire à celle de la « pureté » des origines.
La formule ayant choqué un certain nombre de « souchiens » et de « non-souchiens », Houria Bouteldja essaye alors de se justifier sur le site des indigènes. Dans le louable souci « d’éduquer » les souchiens blancs « malentendants » comme elle l’exprime, elle leur livre alors les définitions possibles de la souche, et parmi ces définitions, elle mentionne l’ensemble biologique d’un groupe d’individus... à quand l’ADN mis au service des recherches sur les souchiens ? Extrait : SOUCHE, subst. fém. A. Usuel Base du tronc d’un arbre (ou d’un grand arbuste) prolongée par ses racines. B. P. anal. De souche. D’origine. Français de souche. C. Biologie Ensemble des individus de même espèce provenant d’un ancêtre unique. http://www.indigenes-republique.org/spip.php ?article920
A Abdel al Malik qui lui rétorque « il faut sortir de la rhétorique, il y a eux et nous ! » elle répond avec une compassion dédaigneuse « ça c’est de l’humanisme abstrait ! »,
Sans doute, Adb Al Malik avec son « humanisme abstrait » est-il à la solde des « souchiens blancs ». Un « bounty » en quelque sorte, noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur ! pour reprendre une formule détestable largement usitée dans certains cercles communautaristes .
L’intervention d’Houria Bouteldja dans l’émission de FR3 ne relève pas d’un accident, elle a tout simplement formalisé, dans le concept de « souchien », une orientation qui structure le mouvement des indigènes depuis sa création. Pour preuve cette petite monstruosité théorique relevée sur le site du mouvement concerné
Le Front Blanc de soutien aux indigènes
http://www.indigenes-republique.org/spip.php ?rubrique70 Oui l’internaute a bien lu ! les indigènes de la république ouvrent, sur leur site, une rubrique « front blanc de soutien aux indigènes » , de « bons blancs » en quelque sorte qui rachètent par leurs soutien aux indigènes la tare originelle de leur communauté blanche.
Quels sont donc ces bons blancs dont les initiatives sont listées dans la rubrique concernée ?. Nous supposions déjà leur existence dans les manifestations pro-voile qui assocaient certaines franges de la gauche ou de l’extrême-gauche et les militants de l’islam politique ;
Un article de la rubrique « front blanc » comporte ainsi le titre explicite « et si le voile pouvait libérer !!!! ». Les bons blancs sont bien évidemment ceux qui transforment, par un tour de passe-passe, un symbole de la soumission de la femme en instrument de libération
Mais les indigènes vont au-delà en élargissant le champ du « front blanc » à des personnalités ou mouvements qui se retrouvent alors ethnicisés. Pascal Boniface est ainsi « blanchi » dans la rubrique salvatrice et il est opposé à la "souchienne" blanche diabolisée Caroline Fourest.
Plus sidérant encore, les combats d’Emmaus et de RESF entrent dans la rubrique « front blanc de soutien aux indigènes » ! au mépris de l’unité profonde de ces mouvements qui réunissent les citoyens, au-delà de leurs origines respectives, unis dans le seul combat commun contre l’exclusion et les expulsions.
En conclusion, le discours théorisant sur des « souchiens blancs » assimilés à « la société des privilégiés » relève d’une sémantique de type « raciale ». Il favorise le replis communautariste et la division de ceux qui aujourd’hui ont tant besoin d’unité pour lutter contre tous les racismes et toutes les exclusions.